La sécurisation foncière constitue un enjeu crucial pour les exploitations familiales et la souveraineté alimentaire au Sénégal. Le projet SEPAF-ACCES, mené de 2023 à 2026 dans les communes de Diass, Popenguine/Ndayane, Yenne et Sindia, illustre parfaitement l’importance de la formalisation des droits fonciers pour assurer la stabilité et la valorisation des terres agricoles.
Sécurisation foncière : garantir des droits clairs pour les exploitants
La sécurisation foncière repose sur l’obtention de titres de délibération pour les familles et les exploitants agricoles, permettant de protéger leurs parcelles contre les risques d’éviction ou d’accaparement. Dans le cadre du projet SEPAF, une enquête réalisée du 30 septembre au 03 octobre 2025 auprès de 55 participants a révélé que : – Diass : 22 participants (40 %) – Sindia : 32 participants (58 %) – Yenne : 1 participant (2 %) – Genre : 4 femmes (7 %), 1 jeune (2 %) – Superficie totale sécurisée : 68,0184 hectares, dont 2,6936 hectares détenus par des femmes
Ces chiffres montrent que le projet a priorisé les communes présentant les enjeux fonciers les plus élevés tout en veillant à inclure tous les segments de la population. Les parcelles sont exploitées pour la production vivrière (mil, niébé, sorgho) et les cultures de rente (arachide, manioc), garantissant ainsi sécurité alimentaire et revenus pour les ménages.
Renforcement des capacités : élus locaux et populations au cœur de la gouvernance foncière
L’amélioration de la gouvernance foncière passe par la formation des élus locaux et des populations sur les textes législatifs, les règlements et les outils de gestion des terres. Dans le cadre de la phase IV du projet (2023-2026), plus de 850 acteurs ont été formés, dont 443 membres des conseils municipaux et des représentants de GPF, d’organisations de jeunes, de producteurs et de chefs de villages.
A travers des ateliers des renforcements des capacités des élus de la commune de Sindia et de Diass, des outils de gouvernance foncière comme les conseils de village (Diass) et des Comités villageois de Surveillance (Sindia) ont été mis en place en vue de faciliter la planification et la gestion participative des terres, prévenir et résoudre les conflits fonciers, favoriser l’implication des populations dans les décisions locales.
Gestion des conflits : médiation et plaidoyer pour des communautés autonomes
La prévention et la résolution des conflits fonciers ont été renforcées grâce à la mise en place de Comités Villageois de Surveillance (CVS) dans les villages de Ndiarméo, Tene Toubab, Tanguis, Ndiogoye et Keur Massouka dans la commune de Sindia, à travers la convention locale de la zone Dior gui sur la gestion durable des ressources naturelles et l’environnement. Ces comités, composés de toutes les catégories socio-professionnelles, jouent un rôle de médiation, notamment en cas de divagation du bétail ou de litiges sur l’usage des terres.
Entre 2024 et 2025, 11 médiations ont été menées par les CVS : 8 résolues à l’amiable, 3 transmises aux autorités pour des cas de récidive.
Parallèlement, le projet accompagne les responsables de la convention locale de la zone Dior Gui dans le plaidoyer auprès des autorités municipales et administratives pour renforcer les cadres de gestion foncière sur le plan technique et financier.
Réforme foncière : une étape nécessaire pour la sécurité et la souveraineté alimentaire
Le projet SEPAF s’inscrit dans une option de reformes foncières qui visent à sécuriser les droits des exploitations agricoles familiales : – Code des collectivités territoriales : participation citoyenne renforcée, droit d’accès à l’information et implication dans les décisions locales – Code minier et forestier : protection des ressources naturelles, études d’impact environnemental et conventions locales pour la conservation – Code pastoral : protection des pistes de bétail et prévention des conflits agro-pastoraux – Décrets fonciers (72-1288 et modifications 2020-1773, 2022-2307) : transparence et sécurisation des droits fonciers des communautés
Ces dispositions garantissent que les exploitants agricoles bénéficient de droits légaux sûrs et que les terres soient valorisées pour une production durable et équitable.
Impact du projet SEPAF : terres sécurisées, communautés autonomes
Grâce à la sécurisation foncière, les 52 exploitants sur 55 enquêtés exploitent désormais 68,0184 hectares avec des droits clairs et légaux. Les femmes détiennent près de 4 % de la superficie totale. Les parcelles sont utilisées de manière intégrée, conciliant production vivrière, cultures de rente et pâturage post-récolte, favorisant la fertilité des sols et la durabilité agricole.
De plus, les communautés locales se mobilisent à travers des collectifs et comités pour défendre leurs terres et promouvoir le développement durable : – Collectif pour la Défense des Intérêts des Impactés du Pôle Urbain Dagga Kholpa (CDIPUDK) : protection des villages impactés par le Pôle Urbain Dagga Kholpa – Comité d’Initiative pour le Developpement de Ndayane.
(CIDN) : défense des limites du Port Multifonction de Ndayane – Association pour le Développement de Bandia : protection de la forêt classée de Bandia- Comité inter-villageois : défense de l’environnement contre les carrières
Ces initiatives, combinées à la formalisation des droits fonciers, contribuent à l’autonomisation économique et sociale des populations et à leur résilience face aux pressions foncières.
En conclusion, le projet SEPAF-ACCES démontre que la sécurisation foncière, associée au renforcement des capacités, à la médiation et au plaidoyer, constitue un levier stratégique pour le développement durable des communes de Diass, Popenguine/Ndayane, Yenne et Sindia. La formalisation des droits fonciers favorise non seulement la souveraineté alimentaire et la productivité agricole, mais aussi l’autonomie et la résilience des communautés rurales.
Sources : enquête SEPAF-ACCES 2025, législation foncière et codes sénégalais (collectivités locales, minier, forestier, pastoral).
